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Jeudi 22 janvier 2015 | bilan

2014, un bon cru pour les fusions acquisitions


Au niveau global, l'année écoulée s'est révélée un bon cru pour les opérations de fusions et acquisitions, avec des montants jamais vus depuis la crise de 2008. Et les experts sont assez optimistes pour l'année en cours. Le secteur agroalimentaire a connu son lot de petites et grandes opérations de rapprochements, de restructurations, de sauvetages, mais aussi d'échec, les uns comme les autres accompagnés d'inévitables plans sociaux. Voici l'essentiel des opérations de fusions acquisitions réalisées en France et/ou par des groupes français (le Panorama des opérations réalisées à l'international sera publié d'ici au mois de février).


Le volume des fusions et acquisitions (M&A) en France a retrouvé en 2014 des niveaux oubliés depuis la crise financière de 2008. Selon les données publiées par Thomson Reuters, il affiche même un doublement par rapport à 2013 pour atteindre 245,72 milliards de dollars (211 milliards d'euros). Pour mémoire, les fusions et acquisitions avaient atteint 319 milliards de dollars en 2006, 303 milliards en 2007 et enfin 206,7 milliards en 2008. Et à noter que l'an dernier, 19,75% des transactions de fusions-acquisitions en Europe ont impliqué une entreprise française, un chiffre en nette progression sur 2013 (13% des opérations) et 2012 (8,4%). Même si tous les stigmates de la crise n'ont pas encore été totalement effacés, loin s'en faut, les entreprises se sont réorganisées en interne et sont maintenant plus à même de procéder à des acquisitions. Ce phénomène de concentration, parfois nécessaire pour survivre, répond aussi à une volonté d'atteindre une taille critique pour lutter face à une concurrence sans cesse plus rude.

ENVIRONNEMENT PORTEUR EN 2015

Un réveil de la France sur le front des M&A largement apprécié des professionnels qui devrait en outre se poursuivre en 2015, dans un environnement porteur, mêlant des taux d'intérêt historiquement bas et des liquidités disponibles abondantes. Interrogé début janvier 2015 par Reuters, Matthieu Pigasse, directeur général de Lazard France, confie qu' « il y a tout lieu de penser que 2015 sera à l'image de 2014, c'est-à-dire une conjoncture morose en Europe et malgré tout, et c'est un paradoxe, un volume important de transactions de M&A ». D'un point de vue macroéconomique, « la baisse des prix du pétrole signifie potentiellement un peu plus de croissance en Europe, donc un horizon plus favorable pour les opérations de M&A », ajoute encore le banquier d'affaires.

CASSE SOCIALE DANS LA VIANDE

Dans la filière viande, porc et volaille, les restructurations se sont poursuivies dans le sillage des difficultés rencontrées en 2013. Plusieurs entreprises placées en redressement judiciaire ont trouvé preneur, avec plus ou moins de casse sociale, mais toutes n'ont pas été sauvées. Parmi les plus notables, Gad, dans l'impasse, a finalement été repris par la SVA Jean-Rozé, filiale d'Intermarché, non sans licenciements. Le retour à l'équilibre est prévu pour cette année. De même que Tilly-Sabco renaît de ses cendres autour d'un projet de production de poulet halal et de poulet frais et surgelé nourri aux algues, en remplacement des antibiotiques. Un projet mené conjointement par MS Foods (Angleterre), le fonds d'investissement Breizh Algaé Invest et la chambre de commerce et d'industrie de Morlaix.

Dans la volaille, Doux, dont le plan de continuation avait été validé par le tribunal de commerce de Quimper fin 2013 a poursuivi son redressement. Avec plusieurs mois de retard, le saoudien Almunajem, importateur et distributeur exclusif en Arabie Saoudite de Doux depuis 40 ans, est entré au capital après conversion de sa créance. Almunajem détient 25 % du capital aux côtés de D&P, le holding familial du président du conseil de surveillance Didier Calmels, majoritaire avec 52,5 % et la famille Doux (22,5 %).

De leur côté, Sofiprotéol et LDC ont signé un important projet d'alliance. Le premier cède à LDC ses activités d'abattage de volaille et de produits élaborés (5 sites situés en Bretagne) et son site d'abattage de dindes de Blancafort. De son côté, LDC (3 Mrd € dont 2,1 Mrd en volailles en France (hors activités d'amont) cède ses activités aliments hors volailles (Huttepain dans la Sarthe) à Glon-Sanders, filiale nutrition animale du groupe Sofiprotéol. Un projet sans conséquence sur l'emploi. Dans leur note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire de décembre 2014, les experts du Crédit Agricole soulignent que « ce rapprochement permet a LDC non seulement de renforcer ses positions sur le marché français mais surtout d'élargir ses débouchés à des clientèles sur lesquelles il était assez peu présent jusque-là, faute de disposer de filières et d'outils adaptés ». Et de conclure, que « le groupe LDC se trouve confronté à deux défis : la reconquête de la clientèle de la RHF et des industriels, ainsi que la relance de la filière dindes dans la région Centre, en perte de vitesse depuis plusieurs années ». LDC qui pousse également ses pions à l'international, avec la reprise du volailler polonais Drop. LDC serait ainsi numéro trois en Pologne, le marché le plus dynamique d'Europe en volaille.

À noter également, la reprise de Bioporc par la coopérative vendéenne Cavac, la cession par la coopérative laitière Even de ses participations dans Trévé Dinde Industrie et Le Clézio, ou encore l'entrée à hauteur de 49 % de l'irlandais Dawn Meats dans le capital d'Elivia, la branche bovine de Terrena. Une prise de participation qui pourrait devenir majoritaire à horizon de 3 ou 4 ans. Ou encore la redistribution des cartes dans Labeyrie Fine Foods, entre le fonds PAI Partners et Lur Berri, qui contrôlent désormais à parité 86 % du capital, le restant étant aux mains du management.

Dans l'alimentation animale, Continentale Nutrition, numéro un français de l'alimentation pour chiens et chats (Pas-de-Calais) et sa filiale Villeneuve Pet Food (Lot-et-Garonne), poursuivent leur chemin séparément. Le premier a été repris par la société d'investissement Alandia, alors que le second a rejoint l'allemand Deuerer. De son côté, ATM, spécialiste du pet food à MDD, en redressement judiciaire depuis septembre, a été repris par le groupe belge Depré.

Dans les biscuits, boulangerie et autres produits secs, Léa Nature a poursuivi ses emplettes, avec l'acquisition d'Alpha Nutrition, spécialiste du bio sans gluten et d'Ekibio. Biscuiterie Jeannette grâce à la ténacité de son repreneur, l'homme d'affaires Georges Viana, devrait prochainement reprendre la fabrication de ses madeleines.

NOUVEAU PAYSAGE DANS LE CAFÉ

Une redistribution des cartes se prépare dans le café dans le sillage de la prise de contrôle en cours par D.E Master Blenders 1753 (L'Or, Senseo, Douwe Egberts) des activités café de Mondelez International (Carte noire, Tassimo, Jacobs...). Un rachat qui oblige à la cession de Café Grand'Mère et l'Or, des marques qui pourraient tomber dans l'escarcelle de Lavazza. Le leader du marché du calisson, la société familiale Roy René a accueilli un nouvel actionnaire en la personne d'Olivier Baussan. Ce dernier, fondateur de l'Occitane et d'Oliviers & Co qui a racheté 34 % à titre personnel auprès du fondateur, devrait prendre le contrôle majoritaire d'ici 2016.

Dans les céréales et la meunerie, le rachat de Neuhauser par Soufflet, attendu depuis plusieurs mois, s'est enfin concrétisé. Cette opération constitue un développement aval stratégique pour Soufflet, en lui ouvrant les portes de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, mais aussi dans la restauration rapide. A l'inverse, la Grande Minoterie de la Méditerranée à Marseille, les ex-Moulins Maurel, propriété de Nutrixo, a définitivement fermé ses portes, faute de solution de reprise viable.

Dans la charcuterie et les plats cuisinés, après moult rebondissement, La Lauragaise, ex-Spanghero, sauvée un an plus tôt de la faillite par son fondateur Laurent Spanghero a finalement été cédée fin juillet au groupe agroalimentaire

Holding (Groupe d'Espous), suite à un nouveau placement en redressement judicaire en juin.

Les suites du scandale de la viande de cheval n'ont d'ailleurs pas fini de faire des victimes. Barral Traiteur a été placé en redressement judiciaire le 30 septembre 2014.

INQUIÉTUDES SYNDICALES EN BRETAGNE

De son côté, Monique Piffaut, de la Financière Turenne Lafayette a annoncé la reprise du fabricant de pâtes fraîches Rezoli, liquidé en février, puis des activités bretonnes de Jean Caby. La CFDT du Finistère s'est déclaré inquiète pour les deux usines Jean Caby, mais aussi pour les Salaisonneries de l'Arrée à Brennilis déjà propriété de la Financière.

En début d'année dernière, la marque Raynal et Roquelaure changeait d'actionnaires, suite à la reprise par les salariés dirigeants de 38 % du capital du groupe Cofigeo, la maison mère, accompagnés par MBO partenaires et SGCP, à près de 50 %.

Dans les fruits et légumes, les coopératives Val Nantais et Terrena ont amorcé leur fusion, validée par leurs adhérents lors de leurs assemblées générales respectives en mai 2014. Le Cabanon, en son temps la plus grande coopérative de transformation de tomates de France et dirigée depuis 2004 par le chinois Chalkis, est devenu la propriété du groupe portugais Unitom, suite à une décision du tribunal de commerce d'Avignon.

Bonduelle quant à lui pousse ses pions en Amérique du Nord, avec l'acquisition d'une usine de légumes surgelés au Canada, dans l'ouest du pays.

MOUVEMENTS INTERNATIONAUX

Dans les produits laitiers, Lactalis, le leader mondial des produits laitiers a finalisé le rachat de 100 % du capital du groupe laitier indien Tirumala Milk Products, deuxième producteur de l'Inde du sud. Toujours à l'international, Danone a renforcé ses liens avec le leader chinois des produits laitiers, en portant sa participation de 4% à 9,9% dans le capital de Mengniu, devenant ainsi son deuxième actionnaire.

Comme prévu, Senoble a poursuivi son désengagement de sa filiale Senagral, au profit d'Agrial déjà majoritaire. À l'inverse, la fusion, pourtant annoncée pour 2014, entre Agrial et Eurial se fait toujours attendre. Sodiaal et la CLHN (Coopérative laitière de Haute Normandie) en revanche ont fait un premier pas vers une fusion, avec la conclusion d'un accord industriel et commercial en vue de valoriser les volumes de la CLHN.

Dans la filière caprine, Valcrest a choisi de s'adosser à Eurial (marque Soignon). La fusion des activités de transformation et de commercialisation est effective depuis juillet. Dans l'ultrafrais laitier, le breton Sill a grossit en reprenant 100 % du Petit Basque et la laiterie artisanale Péchalou a été reprise par Thomas Breuzet, qui veut renforcer le développement des produits et accélérer le rythme des innovations.

Dans les produits de la mer, MerAlliance, un des leaders français sur le marché du saumon, bat maintenant pavillon thaïlandais depuis sont rachat par Thaï Union Frozen, numéro un mondial de la conserve de thon, déjà propriétaire en France de la marque Petit Navire notamment.

Et parmi les distributeurs, le spécialiste de l'épicerie fine Hédiard, en redressement judiciaire depuis septembre 2013, a été racheté par le groupe de restauration autrichien Do & Co. Un plan de reprise présenté avec l'actuel propriétaire russe, Sergueï Pougatchev. Dans l'épicerie de luxe, Fauchon par la voix de son actionnaire majoritaire Michel Ducros, a indiqué son intention d'ouvrir son capital pour accélérer son développement à l'international. Quant au spécialiste du surgelé Picard, il serait en vente. La société d'investissement britannique Lion Capital propriétaire depuis 4 ans aurait dans un premier temps pensé à une introduction en Bourse, avant de changer d'avis. Enfin, suite à la reprise de l'enseigne Dia en France (800 magasins), Carrefour s'est engagé à se séparer de 56 magasins. À noter que la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette s'est invitée au capital du géant français de la distribution à hauteur de 6,1 %.

Perrine Delfortrie



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