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Mercredi 29 mars 2017

Vive la transparence


Après les menaces, les actes. Stéphane Le Foll lui ayant demandé d'utiliser le pouvoir que lui a conféré la loi Sapin 2 de signaler les entreprises de l'agroalimentaire qui ne publient pas leurs comptes aux tribunaux de commerce, Philippe Chalmin l'a fait. Le 27 mars, le président de l'Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires a en effet adressé deux courriers – qu'Agra Presse s'est procuré – aux présidents des tribunaux de commerce de Laval et Rennes. Dans ces courriers, Philippe Chalmin demande que lui soient communiqués les comptes de plusieurs sociétés du groupe Lactalis. Il demande également que soit adressée à Lactalis une injonction à procéder au dépôt de ses comptes annuels, sachant que tout dépassement des délais peut être sanctionné par des pénalités.

Depuis la promulgation de la loi Sapin 2, à la fin 2016, les entreprises qui ne publient pas leurs comptes risquent une amende pouvant aller "jusqu'à 2 % du chiffre d’affaires journalier moyen hors taxes réalisé en France". Si la publication des comptes a toujours été obligatoire en France, le premier groupe laitier mondial, comme beaucoup d'autres entreprises françaises d'ailleurs, passait outre cette "formalité". Il est vrai que le montant tellement symbolique de l'amende en cas de non-respect n'incitait pas à la transparence. Cette fois, les choses devraient véritablement changer. C'est en tout cas le but de cette loi si elle est appliquée. Récemment, à l'occasion de la fin des négociations commerciales toujours très tendues entre fournisseurs et distributeurs, Stéphane Le Foll avait déclaré que "dans un contexte d'annonce de résultats particulièrement positifs pour certains grands groupes industriels" il allait faire en sorte que la loi soit appliquée. Donc acte !

On se souvient que Lactalis, mais aussi Bigard, étaient dans le collimateur du gouvernement lors de la crise du secteur agricole à l'été 2016, devant leur refus d'appliquer des prix rémunérateurs aux producteurs. La transparence sur les comptes est indispensable pour jouer franc jeu et arrêter de spéculer sur l'inconnu. Quant à l'argument de ne pas vouloir se dévoiler vis-à-vis de la concurrence, il ne tient pas. Comment font toutes les entreprises cotées en Bourse, soumises, elles, à l'obligation de transparence sur leurs comptes ? Ne sont-elles pas tout aussi performantes que leurs concurrentes les plus secrètes ?

Perrine Delfortrie