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Jeudi 19 mai 2011 | matières premières

Les grands industriels ont tiré les leçons de la crise précédente


La recommandation de Groupama Asset Management reste « positive » pour les valeurs du secteur agroalimentaire en 2011, selon son dernier rapport sectoriel présenté le 12 mai à la presse. Si elle est « assortie d’une perspective négative » à cause des incertitudes économiques générales et sur leurs coûts externes, elle reconnaît que l’impact des hausses de matières premières est mieux circonscrit cette fois-ci avec la répétition depuis un an du scenario de hausses de 2007-08.


Pour éclairer les décisions des investisseurs et des organismes de crédit, les analystes croisent l’approche micro-économique et l’approche sectorielle et dégagent ainsi les fondamentaux du secteur agroalimentaire. Ceux de Groupama ont tenté, dans leurs dernières synthèses sur l’agroalimentaire de comprendre comment les groupes de ce secteur ont su finalement s’adapter à la conjoncture des matières premières et lui apporter d’autres réponses qu’il y a trois ans.

Pour sauver les volumes, ne pas répéter l’erreur de 2008

« Pour la première fois depuis plus de trente ans, les industriels de l’agroalimentaire ont dû faire face en 2007-2008 à une très forte volatilité des matières premières dont le poids est souvent déterminant dans leurs coûts de revient », rappelle Valérie Gadon, analyste sectorielle chez Groupama. Leur réaction a été à la hauteur de la situation brutalement haussière des denrées agricoles et des autres intrants comme l’emballage et l’énergie. Avec le recul il apparaît que les plus grands groupes européens qu’elle a observés (par définition, les groupes cotés) ont choisi de répercuter intégralement au consommateur la première flambée des prix et qu’aujourd’hui où le même scenario se dessine depuis 2010 leurs stratégies se sont au contraire affinées et différenciées en fonction des marchés cibles qu’ils veulent privilégier.
L’erreur, souvent commise il y a trois ans par les industriels de grandes marques, a été de provoquer par des hausses trop fortes de leurs tarifs de vente une chute catastrophique des volumes et une concurrence accrue des MDD et des produits vendus en hard discount. En 2011, ils ne semblent pas la répéter, note Valérie Gadon, et ils s’appliquent à préserver et leurs volumes et leurs marges, comme l’illustrent tout particulièrement les premiers résultats publiés par les 3 ténors Nestlé, Danone et Unilever.
Les matières premières agricoles sont entrées, chacun le sait, dans une phase durable de volatilité intense, compte tenu d’un équilibre entre offre et demande qui reste actuellement précaire, rappelle le service d’études de Groupama Asset Management. Pénalisés par une combinaison corrosive de prix agricoles qui grimpent parallèlement à ceux des combustibles, les industriels de l’agroalimentaire ne sont pas tous logés à la même enseigne : si en moyenne les coûts matières atteignent 35% de leur chiffre d’affaires, pour Nestlé le poids de ses achats de produits agricoles est bien supérieur à ce qu’il est chez Danone tandis que pour Unilever l’impact des hausses du pétrole et de ses dérivés ainsi que des corps gras l’emporte sur tout le reste (cf schéma).

Des stratégies affinées

Les industriels de l’agroalimentaire ont donc bien intégré ces données depuis la dernière crise agricole de 2008. De ce fait, leur gestion sera meilleure en 2011, assure Valérie Gadon : alors qu’ils avaient pratiqué des hausses quasi uniformes de leurs tarifs en 2008 quels que soient les produits et les pays, depuis, leurs stratégies prix et produit s’orientent vers plus de différenciation entre les pays matures, à croissance quasi nulle mais demandeurs de produits haut de gamme comme de produits courants, et les pays émergents qui vont absorber davantage de volumes mais en premiers prix. Conjuguant un effort renforcé de réduction de coûts et d’optimisation de leurs structures, les grands groupes ont actuellement la possibilité, selon cette analyse, de gérer l’équation matières premières afin qu’au niveau global, l’impact sur leurs marges et leurs résultats soit limité.
Ce qu’ils ont obtenu en répercutant en 2008 toutes les hausses à leurs clients n’est plus guère possible aujourd’hui. Le volume des ventes avait été aussitôt tiré à la baisse dans des proportions inédites, en particulier dans les pays matures, or eux aussi sont des marchés de volume, comme on l’avait sans doute un peu oublié. Pour Valérie Gadon, « il est important de préserver la rentabilité sur ces marchés qui, en partie, financent le développement des groupes dans les pays émergents ». Aussi cette année, la hausse des coûts matières devrait être compensée de façon proportionnelle entre des hausses de tarifs pour les consommateurs et de nouvelles économies de coûts. L’impact sur les marges deviendrait ainsi quasi marginal, selon Groupama.

Positif toujours

Au total, comparé à d’autres secteurs d’activités, les industries alimentaires présentent toujours des fondamentaux solides au regard du crédit et des marchés boursiers : c’est une industrie non cyclique, extrêmement bien notée par les agences, ses ratings sont soumis à la croissance externe ; l’activité est jugée fortement rentable pour les leaders qui ont tous su miser sur les marchés émergents, elle est génératrice de cash flow généreux et les principaux acteurs présentent un profil désendetté. De ce fait, l’appétit pour de nouvelles opérations de grande envergure pourrait revenir, prédit l’étude (cf Encadré). Aussi ses analystes maintiennent pour 2011, comme déjà en 2008 (1), une « recommandation positive assortie toutefois d’une perspective négative » en soulignant que la sélectivité entre les acteurs est de retour sur les marchés actions.

(1) Cf Agra alimentation n°2021 du 29.05.2008 page Une

St A





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