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Jeudi 22 octobre 2009 | prospective

Quel avenir pour la filière avicole française ?


Créer une interprofession, se protéger de la concurrence étrangère par le biais d’une protection tarifaire ou non tarifaire, favoriser la protection de l’environnement ainsi que la sécurité sanitaire, se concentrer sur les produits à forte valeur ajoutée… : la filière avicole française doit se fixer un certain nombre de priorités pour freiner la chute de sa production. C’est le constat de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et l’Itavi (Institut technique de l’aviculture), qui viennent de réaliser une étude sur la filière avicole française. Leurs équipes ont imaginé quatre scénarios d’évolution de la volaille française et viennent d’en dévoiler les conclusions lors d’un colloque organisé à Tours le 20 octobre. Se pencher sur l’avenir de cette filière est aujourd’hui un exercice complexe et indispensable, car celle-ci traverse une situation très délicate : elle a vu sa production s’effondrer d’environ 20 % en dix ans, alors que, dans le même temps, la production mondiale progressait en moyenne de 3,8 % par an. Et les exportations françaises ont reculé de 37 % de 1998 à 2008. L’ensemble des scénarios imaginés par l’Inra et l’Itavi permettent de définir des axes de développement pour la filière. Mais quels que soient les efforts entrepris, la chute de la production française paraît difficile, voir impossible, à stopper.


Lors d’un colloque qui s’est déroulé le 20 octobre à Tours et qui a réuni l’ensemble des acteurs de la filière avicole, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et l’Itavi (Institut technique de l’aviculture) ont dévoilé quatre scénarios anticipant l’avenir de ce secteur. Cette étude démarrée au début de l’année dernière imagine ce que pourrait être la filière avicole en 2025. « Notre but n’est pas de prévoir l’avenir, mais plutôt d’explorer différents scénarios pour aider les décideurs à se préparer aux futures transformations de la filière, en identifiant certaines tendances lourdes », précise Madeleine Douaire, directrice scientifique adjointe « Animal et produits animaux » de l’Inra. Dans ce but, l’étude part d’un certain nombre de constats. Dans le monde, la viande de volailles a une position avantageuse : elle représente 30 % de la production de viande, ce qui la place en deuxième position derrière le porc et devant la viande bovine. Et il s’agit de la troisième viande consommée en France (1,85 millions de tonnes en 2008, soit 28 % des volumes). Le chiffre d’affaires de la production avicole est estimé à 3,38 milliards d’euros, soit 13 % des productions animales et 5 % de la production agricole française.

Une production qui a chuté de 20 % en dix ans
Malgré cela, la filière avicole française a vu sa production s’effondrer d’environ 20 % en dix ans, alors que dans le même temps, la production mondiale progressait en moyenne de 3,8 % par an. La production de dinde a été très affectée : elle a chuté de 40 % depuis 2000. La filière française a donc subi plus qu’elle n’a profité de la mondialisation croissante des échanges et de leur libéralisation. Elle se place aujourd’hui à un moment charnière de son évolution, où elle doit s’adapter aux nouvelles réglementations, visant à améliorer le bien être animal et à préserver l’environnement (qui ont fortement limité le développement de l’aviculture en Bretagne et en Vendée), et aux évolutions des habitudes de consommation, qui vont vers une baisse des poulets entiers et une forte augmentation des produits élaborés.

Des importations qui explosent
L’année dernière, le marché français de la viande de volaille représentait les deux tiers des débouchés de la filière avicole contre 58 % dix ans auparavant. Les exportations ont reculé de 37 % de 1998 à 2008, principalement à cause de la forte valorisation de l’euro et des écarts de coût de production. Par exemple, l’écart de coût de production (hors rémunération de l’éleveur) entre la France et le Brésil atteint 0,24 euro/kg vif soit 35 % du coût français. Et en parallèle, la consommation française s’est mise à stagner. Elle s’est fortement segmentée et concentrée sur les produits de découpe (40 % des volumes de volailles consommées) et sur les produits élaborés (20 %), soit deux secteurs très vulnérables aux importations et qui ne favorisent pas la valorisation d’une origine ou d’un mode de production particulier. Résultat : la part des importations dans la consommation de volailles sur le marché français est passée de 10 % il y a une dizaine d’année à 24 % en 2008. La volaille a toutefois des atouts sur le marché français : elle est perçue comme une viande bon marché et sa part dans la consommation globale de viande est passée de 15 % au début des années 1970 à 23 % en 1990 et 28 % en 2008. La consommation française se situe dans la moyenne européenne avec 24,6 kg par an et par habitant.

Plusieurs scénarios possibles
Face à ces constats, l’Inra et l’Itavi ont élaboré quatre scénarios (Cf tableau ci-joint). Le premier, baptisé « la chair de poule », imagine une accentuation de la libéralisation des échanges agricoles allant de pair avec une solide croissance économique et une consommation orientée de plus en plus vers la qualité. Résultat : la production française de volaille chute de 30 % d’ici 2025 et les élevages hexagonaux fournissent surtout le marché des produits frais et ultra-frais.
« Le coq européen » est le deuxième scénario : la croissance économique est faible, la préférence européenne se renforce et quelques opérateurs européens dominent le marché dont l’aviculture française est un des piliers. Le marché est très standardisé et le prix est le principal critère pour les consommateurs. La production française baisse peu et se concentre dans l’ouest de la France.
Dans le troisième scénario, la poule « est dans le pré » : le souci du développement durable marque profondément les comportements de consommation, les aides aux agriculteurs sont élevées mais fortement conditionnées (éco-conditionnalité) et les consommateurs mangent de moins en moins de viande. La filière avicole réussit à coordonner ses efforts, adapte ses pratiques et respecte l’ensemble des normes en matière de bien-être animal, qui sont devenues très exigeantes. En 2025, les exportations françaises se concentrent sur des produits à forte valeur ajoutée, mais tout cela n’est pas suffisant pour éviter la dégringolade des volumes, qui perdent 230 000 tonnes.
Enfin, « la poule au pot » constitue le dernier scénario. Les crises alimentaires et climatiques se répètent et une véritable régulation mondiale se met en place. La première préoccupation de l’Union européenne devient l’autosuffisance alimentaire. Les volumes français progressent légèrement et les importations baissent de quatre points.

Se protéger de la concurrence étrangère
L’ensemble de ces scénarios permet à l’Inra et l’Itavi de tirer un certain nombre d’enseignements. D’abord, l’avenir de la filière avicole française dépend fortement de sa capacité à se protéger de la concurrence étrangère, par le biais d’une protection tarifaire (droits de douane à l’entrée dans l’Union européenne) ou non tarifaire (normes plus sévères en matière d’environnement, d’exigences sanitaires et de bien-être animal). D’autre part, les industriels français doivent s’approvisionner au maximum en France et utiliser les atouts de la filière française. Selon l’Inra et l’Invi, la production avicole française gagnerait beaucoup à ce que les politiques publiques récompensent la protection de l’environnement et la sécurité sanitaire. Dans le même temps, il faut qu’un leader français puisse se maintenir au niveau européen, et que les entreprises de taille moyenne se développent en se concentrant sur les produits à haute valeur ajoutée. Et il est indispensable que l’industrie avicole européenne ne soit pas dominée par des groupes internationaux non-européens. Par ailleurs, même si les écarts de coûts de production entre la France et le Brésil sont impossibles à réduire complètement, il faut que la filière française veille à ne pas se faire davantage distancer. Au niveau européen, pour le moment, « les écarts de production ne sont pas énormes, les problèmes viennent surtout du manque de structuration de la filière », selon Pascale Magdelaine du service économie de l’Itavi.

Une baisse de la production difficile à freiner
L’ensemble des scénarios montre que la baisse de la production française sera difficile à freiner. Heureusement, selon l’Inra et l’Itavi, l’impact social sera limité car la filière avicole génère peu d’emplois (60 000 aujourd’hui soit 4 % du secteur agricole) et est peu attractive (pénibilité, manque de rentabilité, peu de reconnaissance sociale). Les départs à la retraite devraient donc compenser en grande partie la baisse du nombre d’emplois, d’autant plus que « la plupart des aviculteurs ne sont pas spécialisés dans l’aviculture », comme le note Pascale Magdelaine. Quoi qu’il en soit un impératif demeure : créer une interprofession. « C’est indispensable pour définir une véritable politique et une véritable stratégie pour la filière », insiste Jean Champagne, directeur adjoint de l’Itavi.
Guillaume Etievant



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